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Allô la planète mode ? (1/3)

#empowerwomenthroughcreativity

Cet été, malgré des congés reposants, des baignades dans une mer Méditerranée exceptionnelle, d’innombrables bains de soleil au milieu d’une nature d’une beauté inouïe, j’ai eu le cœur lourd chaque jour.

Mes sentiments étaient mélangés. Ma conscience n’était pas tranquille. J’étais sans cesse tiraillée entre émerveillement, peur, et énervement. Mais pourquoi ? Je pense que comme beaucoup d’entre nous, ma prise de conscience est grandissante face à notre planète meurtrie.

Je n’ai pas pu (et je n’ai pas voulu) m’empêcher de penser à cette planète que nous avons TOUS littéralement « violée » pendant des décennies. J’avais envie de pousser mes filles à se baigner dans cette mer exceptionnelle car je me disais que, demain, ces baignades seraient peut-être impossibles si nous ne nous freinons pas des quatre fers maintenant, si nous ne revoyons pas notre consommation dans sa globalité.

Bien sûr, il s’agit de questionner nos modes de consommation à notre niveau, en tant qu’individu pour nous sortir d’un problème global. J’ai honte par exemple quand je pense qu’il y a encore un an, j’achetais toutes les deux semaines sur Amazon 24 bouteilles d’Evian d’1,5 litres, ça fait 48 bouteilles par mois donc 576 par an ! Alors que nous avons la chance d’avoir de l’eau potable qui coule de nos robinets, et qui est en plus bien moins chère.

Mais aujourd’hui ma prise de parole est au nom d’Heimstone et en tant qu’Alix Petit, chef d’entreprise et directrice artistique d’une marque aux choix affirmés, et qui a aussi son rôle à jouer, et des engagements à prendre envers notre planète qui n’en peut plus d’attendre.

C’est aussi pour moi l’occasion de poursuivre nos réflexions et nos questionnements, après le mois de juin pendant lequel nous avons soutenu « the 100k Initiative », lancée par @drinkfound, qui militait pour l’éradication de l’utilisation du plastique à usage unique.

Il me semble important de se donner des rendez-vous réguliers comme cela, des temps d’échanges pour mettre sur pause nos quotidiens à toute vitesse, pour pouvoir prendre du recul et s’engager, vraiment.

J’ouvre donc aujourd’hui une trilogie de trois articles pour aborder avec vous, et en toute transparence, les problématiques globales de notre industrie ainsi que notre point de vue et prises de positions chez Heimstone.

Dans ce premier article, nous allons tenter de vous exposer une photographie générale des différentes problématiques auxquelles notre industrie fait face : sourcing de la matière, transports décuplés, délocalisations, déchets textiles, conditions de travail en usine… Des problèmes liés au textile, il y en a un paquet ! Et même si aujourd’hui, personne n’a trouvé LA solution miracle pour rééquilibrer tout ce petit monde, tous semblent y travailler. Petits et grands. Que ce soit ma copine Marie de Modetrotter qui vous propose de sélectionner l’option « zéro emballage » lorsque vous effectuez un achat en ligne si vous préférez ne pas recevoir leur jolie carte postale et tote bag, ou le géant du luxe Kering qui s’est engagé d’ici à 2025 de réduire de 50% toutes les émissions de gaz à effet de serre comparé à 2015 (source : Le Monde). Tous dans le même bateau ! Mais tout cela est très complexe et ne peut pas être résolu du jour au lendemain.

Mon but ici c’est de vous informer correctement et honnêtement sur le sujet, mais surtout je suis persuadée qu’avancer collectivement et trouver des solutions à plusieurs est essentiel. Nous comptons sur votre bienveillance et sommes toujours avides de conseils alors n’hésitez pas à nous laisser des commentaires !

Et puis dans les deux articles suivants, on reviendra à Heimstone, nous vous plongerons dans son histoire, pour que vous compreniez certains de nos choix, fondateurs de la marque, et nous vous partagerons notre plan d’action sur les prochains mois et années.

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Allô la planète mode ?

Peut-être ne le saviez-vous pas mais le textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde (derrière l’industrie pétrolière). Une catastrophe.

J’adore ce slogan de la marque américaine Reformation : “Being naked is the #1 most sustainable option. Reformation is #2. We make sustainable women's clothing and accessories.” (littéralement : Vivre nu est la meilleure option durable. Reformation est la deuxième. Nous fabriquons des vêtements et des accessoires durables pour femmes.)

Malheureusement, notre société n’est pas naturiste. Quoique ce serait peut-être le plus simple ! L’idée vous tente ?!

La force de Reformation est de proposer des collections entièrement responsables et je suis très sensible à cet engagement, aussi rare qu’exigeant. Chez Heimstone, la prise de conscience est évolutive et nous menons, avec mon équipe un combat quotidien pour que de petites (et grandes !) actions soient réalisées tous les jours pour que nos collections à nous aussi habillent les femmes de façon durable. Mais vous verrez que nous devons aussi composer avec une industrie complexe, et que les choix que nous faisons doivent rentrer dans des équations économiques tout aussi complexes (patience, nous parlerons de nos actions dans les deux prochains articles de notre trilogie !).

Alors si nous ne vivons pas nu(e)s, vous comme moi, n’avons d’autre choix que de nous en remettre aux marques de mode. Notre pouvoir d’achat devient lourd de sens, et nous avons envie de faire les choix qui comptent. Il me tenait donc à cœur de vous partager quelques dessous de l’industrie, pour vous aider à vous poser les bonnes questions.

Au commencement, la matière. De quoi devrions-nous nous vêtir ?

Pour reprendre quelques bases sur la matière textile, fourniture essentielle de la confection d’un vêtement, sachez que l’on peut distinguer deux grandes familles principales :

  • Les matières naturelles, d’origines végétales (comme le coton, le lin, le chanvre) ou animales (comme le cuir, la laine, la soie, l’angora)
  • Les matières chimiques, produites artificiellement (à partir de matières végétales comme la cellulose de bois, le bambou, mélangées à des solvants… et mes compétences de chimiste s’arrêtent ici pour être tout à fait transparente) ou synthétiquement (provenant des hydrocarbures). Pas génial.

Quand on lit cela, la réponse semble évidente, limpide : n’utilisons que les matières naturelles, et biologiques dans la mesure du possible. C’est plus compliqué que cela. Chaque famille de matières a ses avantages et ses inconvénients. Et si on tire chaque argument à son extrême on finirait, vous l’avez compris, tout nu.

La culture du coton pollue et consomme une quantité d’eau astronomique (selon les infographies de l’ADEME, la culture de coton pour fabriquer un t-shirt nécessite l’équivalent de 70 douches d’eau). Les fibres synthétiques, elles, libèrent des microparticules de plastique dans l’eau lors de son entretien et encouragent la pétrochimie. La viscose semble être une des alternatives les plus durables et prometteuses mais elle atteint à sa manière la biodiversité en utilisant de la cellulose de bois, bambou, maïs… on est comme coincés car, comme dans tous les domaines de la vie, rien n’est tout blanc ou tout noir, et tout a ses limites.

Une chose est sûre, une solution miracle ne l’est plus si elle est utilisée intensivement. Heureusement, nous ne sommes pas H&M ou Mango. Mais la matière est donc le défi #1, vous voyez qu’on a du pain sur la planche.

Le voyage extraordinaire de la mode : des milliers de kilomètres polluants

Vous nous demandez assez souvent d’où viennent nos tissus, où sont produits nos vêtements. Vous posez là, peut-être sans le savoir, une question infiniment plus compliquée que vous le pensez. Du lieu de naissance de la fibre jusqu’à la griffe de mode en boutique, les acteurs en jeu peuvent être TRÈS nombreux. Et on ne se parle pas d’un circuit local, mais bien d’une économie fortement globalisée, je ne vous l’apprends pas.

Quand vous tenez un vêtement entre les mains, son fil proviendra surement d’Asie, l’étoffe qui le compose aura été teinte en Italie, le rouleau de tissu qui en résulte sera commercialisé par un fournisseur/acheteur américain avant d’être acheté par une marque qui confectionnera au Maghreb, en Turquie, au Bangladesh, ou je ne sais où. Bref, un long voyage, souvent très polluant, mais qui surtout floute la traçabilité du produit et de la matière première, car malheureusement, le simple fait que le tissu ait été teint en Italie, lui donne le droit de devenir un tissu italien et non asiatique. Et croyez-moi, cela peut même être assez opaque pour nous, Heimstone, client de ces fournisseurs. Oui, c’est déroutant.

Déroutant, mais je pense aussi qu’il faut accepter ce système à la hauteur du raisonnable.

D’abord, ce qui me semble primordial, c’est de ne pas le pousser à épuisement comme c’est souvent le cas avec les marques de fast fashion, qui délocalisent absolument toutes les étapes de production d’un vêtement.

Attention, je suis la première à acheter un jean chez Zara. Je ne jette la pierre à personne et comme dit plus haut, tout n’est pas tout noir ou tout blanc, il semblerait qu’il soit à nouveau question de juste équilibre.

Il s’agit de questionner en pleine conscience nos choix, notre consommation et d’apprendre à réfléchir d’un point de vue personnel a un problème global. Se donner des objectifs aussi en tant que consommateur, et se renseigner sur ceux des industriels, des marques. Il est impossible de démonter un système vieux de plusieurs décennies en un claquement de doigts, parce que TOUT doit être repensé, et cela va prendre du temps.

Mais je pense aussi que ce système internationalisé ne peut pas être QUE mauvais.

Par exemple, pourquoi refuser le savoir-faire minutieux et merveilleux des brodeurs que l’on peut trouver en Inde, ou le travail de certains fournisseurs chinois qui produisent des dentelles sublimes d’une qualité rare, ou encore celui des Italiens qui travaillent les étoffes en laine comme personne ? De vrais bonbons pour les yeux d’une créatrice. Je choisis de croire que c’est ce qu’il y a de bon dans cette industrie globalisée.

C’est d’ailleurs cette ouverture au monde, ces voyages, la diversité et les savoir-faire de chacun qui nourrissent mes collections. Depuis la naissance d’Heimstone, l’ailleurs est au cœur de mes inspirations. Je laisse mon esprit vagabonder, comme je vous y incite avec ce journal Empower Women Through Creativity, et c’est ainsi que nous parvenons à vous proposer ces créations si singulières.

Par contre, il me semble essentiel de questionner la problématique du transport : où pouvons-nous réduire ces kilomètres parcourus entre chaque étape, où sont-ils absurdes et au contraire, où sont-ils porteurs d’échanges, de créativité, de mise en valeur des savoir-faire ?

Et ainsi naît le vêtement

L’étape de confection du vêtement elle-même n’affiche malheureusement pas un tableau plus glorieux.

Vous avez dû suivre au travers des médias plusieurs polémiques au sujet de l’enfer des sweatshops (usines de la sueur), cas extrêmes d’usines où le travail des ouvriers est réalisé dans des conditions atroces, dans des délais minimes et ou les rémunérations sont a peine à la hauteur de ce que serait le minimum vital.

Ce n’est pas nouveau, les médias ont tendance à exacerber une problématique, qui finit par devenir une réalité unique dans l’opinion collective. C’est dangereux, on en oublie la nuance et cela a tendance à complètement fausser la réalité de notre industrie aux yeux des consommateurs. Car non, ce cas de figure n’est pas une vérité absolue, et les problématiques des uns (Nike pour le ne pas les citer) ne peuvent pas être la problématique de tous (nos ateliers et artisans à nous se portent très bien, nous en reparlerons dans les prochains articles). Je crois que la durabilité s’inscrit aussi dans l’humain, c’était donc important pour moi de l’évoquer ici.

Côté écologie, l’enjeu primordial c’est la pollution et les déchets qui s’invitent aussi à cette étape du cycle de vie du vêtement. Beaucoup de marques de mode réalisent des dizaines de prototypes pas forcément utiles avant de lancer leurs productions ou encore ne pensent pas correctement leur patronage pour utiliser pleinement leurs rouleaux de tissus. Résultat : des mètres entiers de déchets textiles, très peu revalorisés et recyclés.

Puis, en sortie d’usine, le voyage d’une pièce confectionnée se fait bien souvent dans un emballage individuel plastique (ce fameux polybag dont nous vous avons beaucoup parlé en juin), puisque c’est léger et protège très bien le vêtement (quand le plastique a aussi ses côtés magiques…). Sans cet emballage, le vêtement risque fortement d’être endommagé. Comment repenser cet emballage ? Un pochon en coton ? Non, avec tout ce que je vous ai écrit au-dessus, vous comprenez que cela engendrerait un cercle vicieux de production de matière en coton qui nécessiterait d’être produit en grande quantité pour être amorti...

Ce sentiment d’être coincé frappe encore.

C’est là la vérité déroutante et complexe de notre industrie, telle que nous, acteurs de la mode mais aussi, nous consommateurs, l’avons développée et exploitée depuis un siècle.

Viennent évidemment se mêler a ça des enjeux économiques importants, auxquels toute marque qui se lance dans ce secteur doit faire face pour créer un business qui tient la route.

Alors face à toutes ces données, que faisons-nous ?

Je vous donne rendez-vous pour notre second article où je vous raconterai la perception que l’on en a chez nous, chez Heimstone, et ce sur quoi nous travaillons activement pour préserver au mieux notre planète.

Je crois profondément que nous avons tous notre rôle à jouer, nous en tant qu’entreprise qui sommes au premier rang, mais vous aussi en tant que consommateurs vous pouvez également jouer un rôle primordial.

Finalement ce qui me plait dans ce chantier gigantesque, c’est de penser que nous devons avancer unis pour une planète saine. À bientôt !


5 commentaires


  • Bonjour Marie, merci pour votre message! Votre question est justement l’un des sujets du dernier article de notre trilogie qui sort dans quelques jours, je vous invite à le lire, j’éspere qu’il répondra à votre question! A tres bientôt, merci! Alix

    Alix le

  • Merci pour cet article (et tous les autres que je lis avec délectation) ! Juste une question, d’un simple point de vue de consommateur, pourquoi tant de collections par an ?? Cela ne serait pas aussi un axe de réduction dans tous les domaines ?

    MarieA le

  • Merci pour cet article qui résume bien la quadrature du cercle à laquelle l’industrie est confrontée. Petite solution peut être, mais difficile à défendre pour les fabricants et l’industrie de la mode basée sur les “tendances”: consommer moins, beaucoup moins, mais mieux. Combien de personnes ont les placards qui débordent, jettent/donnent des kilos de vêtements par an (j’en fais partie)….

    Juliette le

  • Super article, à la justesse encore mesurée car faire des choix drastique et des partis pris en totale adéquation avec le respect de la planète et de la vie ne vont pas vraiment avec l’economie Comme elle est aujourd’hui – notre marque est née il y a maintenant 3 ans. Et clairement si nous devions en vivre cela serait impossible mais en lisant votre article, je me dis que nous sommes sur la bonne voie avec même quelques coups d’avance !;) allez voir notre démarche, elle ne pourra que vous plaire. Chacun sont chemin, haut les cœurs 💗

    Comte le

  • Merci pour l’article. Une remarque. Il me semble qu’Heimstone reste une marque avec un impact énergétique limité puisque si on réfléchit combien de vêtements de cette marque sont à la poubelle ?

    Elsa le

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